Le Microbiote Hérité : Cet Écosystème Invisible que Vos Parents Vous ont Transmis
38 000 milliards de bactéries vivent en vous. La plupart vous ont été données à la naissance — par votre mère, votre père, et même l’environnement de votre venue au monde. Un héritage invisible qui conditionne toute votre vie.

Un écosystème en vous, hérité avant même vos premiers mots
Il vit en vous depuis le premier jour. Il pèse environ 1,5 à 2 kilogrammes. Il est composé de plus de 38 000 milliards de micro-organismes — bactéries, virus, champignons, levures — répartis dans votre intestin, votre peau, votre bouche, vos poumons. Et une grande partie de cet écosystème extraordinaire ne vient pas de vous. Il vous a été transmis.
Le microbiote intestinal — qu’on appelait autrefois « flore intestinale » — est aujourd’hui considéré par la science comme un organe à part entière. Il forme, régule et protège votre système immunitaire. Il communique en temps réel avec votre cerveau. Il influence votre poids, votre humeur, vos risques de maladies chroniques, et peut-être même votre comportement.
Et tout cela a commencé à la seconde où vous êtes né.
Avant la naissance : le fœtus dans un monde (presque) stérile
Pendant neuf mois, le fœtus se développe dans l’utérus un environnement longtemps décrit comme totalement stérile. Les recherches récentes (Pr Rodriguez, Nature, 2023) suggèrent qu’il pourrait exister un microbiote utérin minimal, mais cette hypothèse reste à confirmer. Ce qui est certain, c’est que le grand transfert microbien commence à la naissance.
Et ce moment — ces premières secondes, ces premières heures de vie est l’une des plus importantes de toute votre existence biologique.
La naissance : le moment fondateur de votre microbiote
Lors d’un accouchement par voie basse, le bébé traverse le vagin maternel et se retrouve littéralement ensemencé par le microbiote vaginal de sa mère. Des milliards de bactéries colonisent instantanément sa peau, sa bouche, ses yeux, ses narines, et commencent à peupler son tube digestif encore vierge.
Ces premières bactéries ne sont pas là par hasard. Elles sont parfaitement adaptées à leur mission : digérer les sucres du lait maternel, former la barrière intestinale du nouveau-né, amorcer son système immunitaire. Elles sont le premier héritage vivant de votre mère.
En un passage de quelques secondes dans le canal vaginal, un nouveau-né reçoit un inoculum microbien qui va conditionner les grandes orientations de sa santé pour les décennies à venir. C’est l’un des événements biologiques les plus déterminants de toute une vie.
Le lait maternel : bien plus qu’un aliment

L’héritage microbien maternel ne s’arrête pas à l’accouchement. Le lait maternel est lui aussi un vecteur microbien exceptionnel. Une étude publiée dans Nature Communications en 2025 par des chercheurs de l’Université de Göteborg a apporté la preuve formelle que des souches bactériennes spécifiques présentes dans le lait maternel se retrouvent directement dans les selles du nourrisson — une preuve solide de transmission verticale vivante.
Le lait maternel contient également des oligosaccharides, des sucres complexes que le nourrisson ne peut pas digérer lui-même, mais qui servent de nourriture préférentielle aux bactéries bénéfiques transmises. La mère nourrit non seulement son enfant, mais aussi les bactéries qu’elle lui a transmises. Une symbiose d’une précision remarquable.
Résistance aux antibiotiques — une transmission inattendue
Une étude publiée dans Nature Communications a mis en évidence que des bactéries porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques sont transmises de la mère au nourrisson lors de l’accouchement et pendant l’allaitement. Les nourrissons allaités au moins 6 mois présentaient significativement moins de ces bactéries résistantes que ceux allaités moins longtemps. Le lait maternel, grâce à ses composés antimicrobiens, joue un rôle de régulation de cette flore résistante.
La révélation de 2024 : le père transmet son microbiote aussi
Pendant longtemps, la science a considéré la mère comme le seul vecteur de l’héritage microbien. En 2024, deux études publiées simultanément dans les revues Cell Host & Microbe et Nature sont venues bousculer ce dogme.
Étude 2024 — Cell Host & Microbe & Nature
Des chercheurs des Universités de Wageningen, Helsinki et Trento (coordonnés par Mireia Vallès-Colomer, Université Pompeu Fabra) ont suivi des centaines de familles pour analyser la dynamique de transmission du microbiote père-mère-enfant. Leurs conclusions ont surpris la communauté scientifique.
Le père ensemence le microbiote du bébé Via le contact peau à peau et la proximité physique, les pères transmettent à leurs nourrissons des souches bactériennes intestinales distinctes de celles transmises par la mère et complémentaires.
À 1 an : contribution équivalente Quand l’enfant fête son premier anniversaire, la contribution paternelle au microbiote est comparable en volume à la contribution maternelle. Les souches paternelles et maternelles se chevauchent rarement elles se complètent.
Crucial en cas de césarienne Lors d’une césarienne, la mère reçoit une prophylaxie antibiotique qui perturbe son microbiote. Le père, préservé, devient alors la source microbienne principale et stable — son rôle est d’autant plus déterminant.
Et chez la souris ? Une seconde étude publiée dans Nature a montré que les perturbations du microbiote paternel impactent directement la santé des descendants ouvrant la question d’une transmission microbienne paternelle transgénérationnelle.
Césarienne : quand l’héritage microbien est perturbé
En France, 21,4 % des naissances ont lieu par césarienne (enquête nationale périnatale 2021). À l’échelle mondiale, ce chiffre dépasse 27 %. C’est une intervention médicale parfois indispensable mais ses conséquences sur le microbiote du nouveau-né sont aujourd’hui bien documentées et préoccupantes.
Un bébé né par césarienne ne traverse pas le vagin maternel. Il est privé de l’inoculum microbien fondateur. Les premières bactéries qui colonisent son intestin sont alors celles de la peau de sa mère, de son père, du personnel soignant… et de l’environnement hospitalier. Des bactéries moins adaptées, moins diversifiées, parfois potentiellement pathogènes.

Conséquences documentées sur la santé — données compilées
Les enfants nés par césarienne présentent statistiquement un risque plus élevé d’obésité infantile (+ 30 %), d’allergies, d’asthme et de maladies auto-immunes. Une méta-analyse publiée dans The Lancet en 2023 (Dr Sarah Mueller, Université de Berne, 23 études, 1 200+ couples mère-enfant) a montré que l’ensemencement microbien par transfert de flore fécale maternelle restaure la richesse microbienne du nourrisson à 68-87 % selon les méthodes, avec des effets persistants au moins 1 an.
Bonne nouvelle : en France, le Pr Patricia Lepage (INRAE) dirige depuis 2021 le projet MicroCésar à l’hôpital Robert-Debré — une étude comparant les méthodes de restauration du microbiote chez les bébés nés par césarienne. La transplantation de microbiote fécal maternel (et non vaginal, comme on le croyait) s’avère la méthode la plus efficace et la plus durable.
Votre microbiote hérité et votre santé : les liens que la science établit
La richesse ou l’appauvrissement du microbiote hérité à la naissance a des conséquences qui se déploient sur des décennies. La liste des maladies pour lesquelles un lien avec le microbiote est désormais documenté ne cesse de s’allonger.
Immunité
70 % de vos cellules immunitaires sont « entraînées » par votre microbiote intestinal. Un microbiote appauvri à la naissance produit un système immunitaire mal calibré trop réactif (allergies, maladies auto-immunes) ou sous-actif (infections répétées). La diversité microbienne héritée est un capital immunitaire.
Poids & Métabolisme
Un déséquilibre du ratio Firmicutes/Bacteroidetes augmente l’extraction calorique des aliments et favorise le stockage des graisses. Des expériences célèbres ont montré que transplanter le microbiote de souris obèses vers des souris maigres axéniques (sans microbiote) rendait ces dernières obèses — même sans changer leur alimentation.
Inflammation chronique
Un microbiote appauvri entretient une inflammation de bas grade permanente, terrain commun à la majorité des maladies chroniques modernes : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, maladies inflammatoires de l’intestin (Crohn, rectocolite hémorragique), certains cancers. Joël Doré (INRAE) souligne que la dysbiose est « prouvée pour certaines formes d’autisme, de dépression et la sclérose en plaques ».
Alzheimer & maladies neurodégénératives
Des modifications du microbiote ont été détectées chez des patients Alzheimer bien avant les premiers signes cognitifs (ScienceDirect, 2025). La protéine Tau marqueur de la maladie est présente dans les cellules intestinales, où sa phosphorylation est réduite par des acides gras à chaîne courte produits par certaines bactéries intestinales. Le microbiote pourrait devenir un biomarqueur précoce de la démence.
L’axe intestin-cerveau : le dialogue que personne ne vous a appris
L’intestin possède son propre système nerveux le système nerveux entérique, composé de 500 millions de neurones. Ce « second cerveau » communique en permanence avec le cerveau via le nerf vague, les hormones et les métabolites produits par les bactéries intestinales.
En 2022, des scientifiques de l’Institut Pasteur, de l’Inserm et du CNRS ont publié dans Science une découverte majeure : des neurones de l’hypothalamus détectent directement les variations de l’activité bactérienne intestinale et adaptent en réponse l’appétit et la température corporelle. Un dialogue direct, en temps réel, entre vos bactéries et votre cerveau.
Des travaux de l’Institut Pasteur publiés en 2024 ont établi un lien entre altérations du microbiote et dépression/anxiété. Des chercheurs ont même réussi à réduire des comportements anxieux chez des souris en modifiant leur microbiote ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques pour la santé mentale via l’intestin.
Votre microbiote hérité influence donc, dès la naissance, la façon dont votre cerveau sera câblé pour gérer le stress, les émotions, l’appétit et peut-être certaines prédispositions psychiatriques.
Ce microbiote hérité peut-il se régénérer ?
C’est la question que se posent des millions de personnes dont le microbiote a été perturbé par une naissance par césarienne, des antibiotiques répétés dans l’enfance, une alimentation appauvrie, ou un stress chronique. La réponse est oui, partiellement, et à tout âge.
Le microbiote est l’une des parties les plus plastictes de notre biologie. Il répond vite aux changements parfois en quelques jours. Voici ce que la science documente comme leviers efficaces :
🥦 Les fibres fermentescibles
Inuline, prébiotiques, légumineuses, légumes variés… Ces fibres nourrissent sélectivement les bactéries bénéfiques et augmentent la diversité microbienne — le marqueur le plus fiable d’un microbiote sain.
🥛 Les aliments fermentés
Yaourt, kéfir, kimchi, choucroute, miso… Une étude de Stanford (2021, revue Cell) a montré que 10 semaines d’alimentation riche en fermentés augmentait significativement la diversité microbienne et réduisait les marqueurs d’inflammation.
🏃 L’exercice physique
L’activité physique régulière modifie favorablement la composition du microbiote intestinal — indépendamment de l’alimentation. Les sportifs présentent une biodiversité microbienne supérieure à celle des sédentaires.
💊 La transplantation fécale
Déjà reconnue comme médicament en France pour certaines infections à Clostridium difficile, la transplantation de microbiote fécal (TMF) est à l’étude pour une vingtaine d’autres indications : MICI, obésité, dépression, maladies neurodégénératives. Le Dr Joël Doré (INRAE) la décrit comme « un potentiel thérapeutique énorme ».
⚠️ Ce que les probiotiques font et ne font pas Les probiotiques du commerce apportent des bactéries vivantes mais en quantité et diversité limitées comparées à votre microbiote naturel (des milliards vs des trillions). Ils peuvent aider à court terme, notamment après une antibiothérapie, mais ils ne « reconstituent » pas un microbiote appauvri. La diversité alimentaire reste le levier le plus puissant et le plus durable.
Ce que tout cela signifie pour votre famille
L’héritage microbien ne se limite pas à ce que vous avez reçu à la naissance. Il se construit, se module et se transmet tout au long de la vie. Les couples qui vivent ensemble finissent par partager de nombreuses souches bactériennes. Les animaux domestiques contribuent à la diversité microbienne du foyer. L’environnement dans lequel grandissent vos enfants — ville ou campagne, nature ou béton — façonne leur microbiote.
Et comme pour le microchimérisme ou l’épigénétique, le microbiote hérité nous rappelle une vérité fondamentale : nous ne sommes pas des êtres séparés. Nous sommes des écosystèmes en relation constante avec ceux qui nous ont précédés, ceux qui nous entourent, et le monde vivant dans lequel nous évoluons.
Ce qu’il faut retenir
✓ Votre microbiote intestinal 38 000 milliards de micro-organismes vous a été transmis à la naissance, principalement par votre mère lors de l’accouchement et pendant l’allaitement.
✓ En 2024, deux études (Cell Host & Microbe et Nature) ont prouvé que le père contribue lui aussi au microbiote du bébé de façon complémentaire à la mère, et de manière équivalente en volume à 1 an.
✓ La naissance par césarienne prive le nouveau-né de cet héritage microbien fondateur, avec des conséquences documentées sur l’immunité, le poids et le risque de maladies chroniques. Des solutions de restauration existent.
✓ Le microbiote forme et entraîne 70 % de vos cellules immunitaires, régule votre métabolisme, et dialogue en permanence avec votre cerveau via l’axe intestin-cerveau.
✓ Des altérations du microbiote précèdent parfois de plusieurs années les symptômes de maladies comme Alzheimer ou la dépression ouvrant des pistes diagnostiques et thérapeutiques inédites.
✓ Le microbiote est plastique et partiellement restaurable à tout âge : alimentation riche en fibres et en fermentés, exercice physique, et dans certains cas la transplantation fécale.
Pour aller plus loin
- Dubois L, Vallès-Colomer M et al. — Paternal and induced gut microbiota seeding complement mother-to-infant transmission — Cell Host & Microbe, 2024
- Argaw-Denbota A et al. — Paternal microbiome perturbations impact offspring fitness — Nature, 2024
- Institut Pasteur / Inserm / CNRS — Décryptage d’un dialogue direct entre microbiote et cerveau — Science, 2022
- Mueller S. et al. — Méta-analyse sur l’ensemencement microbien après césarienne — The Lancet, 2023
- La ciencia de microbiota — Cristina Saez (journaliste scientifique, National Geographic)
- Joël Doré (INRAE) — travaux pionniers sur le lien microbiote-maladies chroniques et transplantation fécale
- Projet MicroCésar — Pr Patricia Lepage, Hôpital Robert-Debré, Paris (2021-2024)
Autres dossiers
→ Microchimérisme · → Groupes sanguins · →
FAQ — Le Microbiote Hérité
L’écosystème invisible transmis par vos parents — toutes vos questions, réponses claires
Le microbiote intestinal est l’un des héritages les plus déterminants que vous ayez reçus — et pourtant l’un des moins connus. Voici les réponses aux questions les plus fréquentes sur sa transmission, son rôle et comment le régénérer.
La transmission principale se fait lors de l’accouchement par voie basse : en traversant le canal vaginal, le nouveau-né est littéralement ensemencé par le microbiote vaginal de sa mère. Des milliards de bactéries colonisent instantanément sa peau, sa bouche, ses narines et commencent à peupler son tube digestif encore vierge.
Ces premières bactéries sont parfaitement adaptées à leur mission : digérer les sucres du lait maternel, former la barrière intestinale du nourrisson et amorcer son système immunitaire. C’est le premier héritage vivant de votre mère.
L’allaitement prolonge cette transmission : le lait maternel contient des bactéries vivantes, des oligosaccharides prébiotiques qui nourrissent les bactéries transmises, et des microARN qui agissent directement sur l’expression des gènes du nourrisson.
Oui — et c’est la grande révélation de 2024. Deux études publiées simultanément dans Cell Host & Microbe et Nature ont démontré que le père contribue activement au microbiote de son enfant — via le contact peau à peau et la proximité physique dans les premières semaines de vie.
Les conclusions sont frappantes : à un an, la contribution paternelle au microbiote est comparable en volume à la contribution maternelle. Les souches paternelles et maternelles se chevauchent rarement — elles se complètent, enrichissant la diversité microbienne de l’enfant.
Indirectement, oui. La transmission est transgénérationnelle — pas directe, mais en cascade. La mère porte dans son microbiote des souches héritées de sa propre mère, qui en portait elle-même de la sienne. Certaines de ces souches anciennes peuvent ainsi se retrouver chez l’enfant.
Des études sur des populations isolées géographiquement montrent que certaines souches bactériennes se transmettent de façon cohérente sur plusieurs générations au sein d’une même lignée familiale — une sorte de signature microbienne familiale.
Oui — c’est l’un des liens les plus fascinants entre génétique et microbiote. Pour environ 80 % de la population (les « sécréteurs »), les antigènes ABO se retrouvent dans les sécrétions intestinales et tapissent la paroi de l’intestin. Ces molécules de sucre constituent une source de nourriture préférentielle pour certaines bactéries — notamment les Bacteroides.
Les personnes de groupe O, n’exprimant ni antigène A ni antigène B dans leurs sécrétions intestinales, ont donc un microbiote structurellement différent de celui des groupes A, B et AB. Les Bacteroides qui se nourrissent de ces sucres y sont moins représentés — ce qui modifie l’équilibre immunitaire intestinal.
Un bébé né par césarienne ne traverse pas le canal vaginal — il est privé de l’inoculum microbien fondateur. Les premières bactéries qui colonisent son intestin sont alors celles de la peau de sa mère, de son père, du personnel soignant et de l’environnement hospitalier — des bactéries moins adaptées, moins diversifiées.
Les conséquences documentées statistiquement chez les enfants nés par césarienne :
→ Risque d’obésité infantile supérieur de 30 %
→ Risque accru d’allergies et d’asthme
→ Susceptibilité augmentée aux maladies auto-immunes
→ Microbiote moins diversifié dans les premières années de vie
Oui — les antibiotiques à large spectre sont l’une des perturbations les plus documentées du microbiote infantile. Ils détruisent indistinctement bactéries pathogènes et bactéries bénéfiques, appauvrissant brutalement la diversité microbienne.
Des études montrent qu’une cure d’antibiotiques dans la petite enfance peut laisser des traces sur le microbiote pendant plusieurs mois à plusieurs années. Répétée plusieurs fois, elle peut affecter durablement la composition du microbiote et sa diversité.
Les conséquences associées : risque accru d’asthme, d’allergies, d’obésité et de maladies inflammatoires chroniques — notamment si les cures surviennent dans la première année de vie, période critique de construction immunitaire.
Oui — c’est l’un des facteurs d’appauvrissement du microbiote les mieux documentés. L’alimentation ultra-transformée agit sur le microbiote via plusieurs mécanismes :
→ Pauvreté en fibres fermentescibles — sans fibres à fermented, les bactéries bénéfiques (dont les productrices de butyrate) meurent littéralement de faim
→ Émulsifiants (lécithine de soja modifiée, carraghénanes, polysorbate 80) — ils détruisent spécifiquement Faecalibacterium prausnitzii, le principal producteur de butyrate et marqueur d’un microbiote sain
→ Édulcorants artificiels (aspartame, sucralose) — perturbent la composition du microbiote et réduisent la tolérance au glucose
→ Conservateurs et pesticides — effets antimicrobiens non sélectifs
Le lien est direct et fondamental : 70 % des cellules immunitaires sont logées dans l’intestin et entraînées quotidiennement par le microbiote. Ce dernier apprend au système immunitaire à distinguer le dangereux (pathogènes) de l’inoffensif (aliments, bactéries commensales) — un apprentissage qui commence dès la naissance et se poursuit toute la vie.
Un microbiote appauvri produit un système immunitaire mal calibré, qui peut devenir :
→ Trop réactif — allergies, maladies auto-immunes, maladies inflammatoires chroniques
→ Sous-actif — infections à répétition, mauvaise surveillance tumorale
→ Dérégulé — inflammation chronique de bas grade, terrain de la plupart des maladies métaboliques
Oui — via l’axe intestin-cerveau, dont le nerf vague est le canal principal. L’intestin possède son propre système nerveux de 500 millions de neurones, communiquant en permanence avec le cerveau. Et 95 % de la sérotonine — l’hormone du bonheur — est produite dans l’intestin, pas dans le cerveau.
Les bactéries intestinales produisent des neurotransmetteurs (GABA, dopamine, sérotonine) et des métabolites qui activent directement les fibres du nerf vague remontant vers le cerveau. Un microbiote appauvri perturbe cette production — avec des effets mesurables sur l’humeur, l’anxiété et les capacités cognitives.
Des travaux de l’Institut Pasteur (2024) ont établi un lien direct entre altérations du microbiote et dépression/anxiété. Des chercheurs ont même réussi à réduire des comportements anxieux chez des souris en modifiant leur microbiote.
Le lien est l’un des plus documentés de la recherche sur le microbiote. Un microbiote appauvri entretient une inflammation de bas grade permanente — terrain commun à la grande majorité des maladies chroniques modernes : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, MICI (Crohn, rectocolite), certains cancers, maladies neurodégénératives.
Le mécanisme central : un microbiote appauvri fragilise la barrière intestinale (augmentation de la perméabilité), laissant passer des fragments bactériens (LPS — lipopolysaccharides) dans la circulation sanguine. Ces fragments déclenchent une réponse inflammatoire systémique chronique — silencieuse mais dévastatrice sur le long terme.
Les maladies auto-immunes sont des maladies dans lesquelles le système immunitaire attaque les propres cellules de l’organisme. Or, comme nous venons de le voir, le microbiote est le « coach » du système immunitaire — c’est lui qui lui apprend à se calibrer correctement.
Un microbiote appauvri — notamment pauvre en bactéries régulatrices comme Faecalibacterium prausnitzii et les Bacteroides — produit moins de lymphocytes T régulateurs (Treg), les « gardiens de la paix » du système immunitaire. Sans ces régulateurs en nombre suffisant, le système immunitaire peut s’emballer contre des cibles du soi.
Des altérations spécifiques du microbiote ont été documentées dans la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, la sclérose en plaques, la thyroïdite de Hashimoto et les maladies hyperéosinophiliques.
Oui — le microbiote est l’une des parties les plus plastiques de notre biologie. Il répond aux changements rapidement, parfois en quelques jours. Les leviers les mieux documentés :
→ Alimentation riche en fibres fermentescibles — légumineuses, légumes variés, fruits, céréales complètes. C’est le levier le plus puissant et le plus durable
→ Aliments fermentés — kéfir, choucroute, kimchi, miso, yaourt vivant. Une étude Stanford (Cell, 2021) a montré que 10 semaines d’alimentation riche en fermentés augmente significativement la diversité microbienne et réduit les marqueurs d’inflammation
→ Amidon résistant (pommes de terre et riz refroidis) — stimule spécifiquement les producteurs de butyrate
→ Contact avec la nature — jardinage, forêts, animaux domestiques
→ Exercice physique régulier — améliore la diversité microbienne indépendamment de l’alimentation
Partiellement — et bien moins qu’on ne le croit généralement. Les probiotiques du commerce apportent des bactéries vivantes, mais en quantité et diversité très limitées comparées à votre microbiote naturel (des milliards versus des trillions d’organismes appartenant à des centaines d’espèces différentes).
Ce que les probiotiques font bien :
→ Aider à la récupération après une antibiothérapie
→ Soulager certains troubles digestifs fonctionnels (syndrome de l’intestin irritable) pour des souches spécifiques
→ Potentiellement renforcer l’immunité à court terme
Ce qu’ils ne font pas :
→ « Reconstituer » un microbiote appauvri durablement — les souches apportées disparaissent en quelques semaines à l’arrêt
→ Remplacer les effets d’une alimentation diversifiée riche en fibres
La transplantation de microbiote fécal (TMF) consiste à transférer le microbiote intestinal d’un donneur sain dans l’intestin d’un receveur. C’est en quelque sorte une « greffe » de microbiote complet — bien plus riche et diversifié qu’un simple probiotique.
En France, la TMF est aujourd’hui reconnue comme traitement médical pour les infections récidivantes à Clostridioides difficile — une bactérie qui colonise l’intestin après antibiothérapie et provoque des diarrhées graves. Dans cette indication, l’efficacité est remarquable : plus de 90 % de guérison.
Elle est actuellement à l’étude pour une vingtaine d’autres indications : MICI (Crohn, rectocolite), obésité, dépression, maladies neurodégénératives, et maladies liées à la dysbiose.
Oui — le butyrate est l’une des molécules les plus importantes pour la santé intestinale et systémique. C’est un acide gras à chaîne courte produit par la fermentation des fibres par des bactéries intestinales spécifiques (Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia, Butyricicoccus).
Ses rôles documentés :
→ Carburant des colonocytes — il nourrit les cellules de la paroi intestinale et maintient l’intégrité de la barrière
→ Anti-inflammatoire puissant — inhibe le facteur NF-κB, principal interrupteur de l’inflammation systémique
→ Régulateur immunitaire — stimule la production de lymphocytes T régulateurs (Treg)
→ Épigénétique — inhibe des histone-désacétylases, modulant l’expression de centaines de gènes