Groupes Sanguins

Groupes Sanguins : ce que la Science Découvre Vraiment sur Votre Santé

Groupes sanguins

Bien au-delà des compatibilités transfusionnelles, votre groupe sanguin laisse une empreinte profonde sur votre biologie et la recherche commence à peine à en mesurer l’étendue.

Ce que vous croyez savoir sur votre groupe sanguin

Demandez à quelqu’un ce que son groupe sanguin signifie pour sa santé, et vous obtiendrez souvent la même réponse : « Je suis A positif, il paraît que je dois manger plus de légumes » une référence aux régimes popularisés dans les années 1990, dont aucune étude sérieuse n’a depuis confirmé les fondements scientifiques.

Mais derrière cette anecdote se cache une réalité bien plus fascinante. Votre groupe sanguin est une information génétique profonde, transmise depuis des générations, qui influe sur votre système immunitaire, votre coagulation sanguine, votre microbiote intestinal, et potentiellement sur votre risque de développer certaines maladies dont des maladies cardiovasculaires, certains cancers, ou encore des troubles cognitifs.

Ce n’est pas du tout la même chose que les pseudo-régimes ABO. C’est de la biologie moléculair.

Groupe A et groupe O
Groupes A et AB

Pourquoi votre groupe sanguin influence-t-il votre santé ?

Groupes sanguins A B O

Pour comprendre comment votre groupe sanguin peut affecter votre santé bien au-delà de la transfusion, il faut revenir à ce qu’il est vraiment : une expression de votre génome sur la surface de vos cellules.

Le gène ABO, situé sur le chromosome 9, code pour la production d’enzymes qui vont accrocher des molécules de sucre spécifiques (des antigènes) à la surface de vos globules rouges. Ces antigènes ne restent pas cantonnés au sang : pour environ 80 % de la population les « sécréteurs » , ces mêmes molécules se retrouvent dans la salive, l’urine, les sécrétions intestinales, le mucus des poumons.

Ces marqueurs biochimiques sont lus et reconnus par les bactéries, les virus, les cellules du système immunitaire, les facteurs de coagulation… Ils influencent donc en permanence la façon dont votre corps interagit avec son environnement  y compris avec les pathogènes, les inflammations, et ses propres cellules.

Le gène ABO n’est pas qu’un marqueur d’identité sanguine. C’est un acteur biologique actif, présent dans vos intestins, vos poumons, votre cerveau et dont l’influence sur votre santé est largement sous-estimée.

Les différents groupes sanguins expliqués

Le système ABO

Les globules rouges portent des antigènes spécifiques qui définissent l’appartenance à un groupe sanguin. Il peut s’agir du groupe A, B, AB ou O. Dans ce système, des anticorps sont présents dans le sérum. Selon les allèles des parents, voici le groupe sanguin des enfants :

  • Si les deux parents portent chacun l’allèle O, le groupe sanguin de l’enfant sera obligatoirement O.
  • Si un parent porte l’allèle A et l’autre l’allèle B, le groupe sanguin de l’enfant sera AB, A, B ou O.
  • Si les deux parents sont porteurs de l’allèle A, le groupe sanguin de l’enfant sera A, ou O.
  • Si un parent porte l’allèle A et l’autre l’allèle O, le groupe sanguin de l’enfant sera A, ou O.
  • Si un parent porte l’allèle B et l’autre l’allèle O, le groupe sanguin de l’enfant sera B, ou O.
  • Si les deux parents portent le même allèle B, le groupe sanguin de l’enfant sera B, ou O.

Tout comme la couleur des yeux, le groupe sanguin est un héritage des parents. Chacun d’entre eux donne l’un des gènes ABO à leur enfant. Il existe des gènes dominants (A et B) et un gène récessif (O). C’est la raison pour laquelle un parent porteur de l’allèle A et un autre porteur de l’allèle O donneront souvent naissance à un enfant avec le groupe sanguin A. 

Le facteur Rhésus : positif ou négatif

Le facteur Rhésus correspond à la présence (+) ou l’absence (−) de l’antigène D à la surface des globules rouges.

Par exemple :

  • Un groupe A+ possède l’antigène A et le facteur Rhésus.
  • Un groupe O− ne possède ni antigène A, ni antigène B, ni facteur Rhésus.

En France et en Europe, environ 85 % de la population est Rhésus positif.

Compatibilité des groupes sanguins

La compatibilité sanguine est essentielle lors des transfusions. Une incompatibilité peut provoquer une réaction immunitaire grave.

Compatibilités principales :

  • O− : donneur universel
  • AB+ : receveur universel
  • A : compatible avec A et AB
  • B : compatible avec B et AB
  • O : compatible avec tous selon le Rhésus

Pourquoi le groupe O− est-il appelé donneur universel ?

Le groupe O négatif peut donner son sang à tous les autres groupes sanguins car il ne possède aucun antigène susceptible d’être attaqué par le système immunitaire du receveur.

À l’inverse, le groupe AB+ est appelé « receveur universel » puisqu’il peut recevoir du sang de tous les groupes.

Groupe sanguin et risque cardiovasculaire : les preuves s’accumulent

Le groupe O, naturellement protégé ?

C’est l’un des liens les mieux établis par la recherche. De grandes études épidémiologiques dont la célèbre Nurses’ Health Study portant sur des dizaines de milliers de personnes suivies sur plusieurs années ont montré que les personnes de groupe non O (A, B, AB) présentent un risque plus élevé de maladie coronarienne que les personnes de groupe O.

Chiffre clé

Dans une méta-analyse publiée dans Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology, les groupes A, B et AB présentent respectivement un risque de maladie coronarienne 6 %, 15 % et 23 % plus élevé que le groupe O. Au total, 6,27 % des maladies coronariennes seraient attribuables à l’héritage d’un groupe non-O.

Pourquoi ? La piste de la coagulation

Le mécanisme le plus documenté passe par une protéine : le facteur von Willebrand (vWF), une molécule clé de la coagulation sanguine. Les personnes de groupe non O en ont naturellement des taux environ 25 % plus élevés que les personnes de groupe O. Ce facteur favorise la formation de caillots, et des taux élevés sont associés à un risque plus important d’infarctus et d’AVC.

De plus, des études montrent que les groupes A, B et AB présentent des niveaux plus élevés de certains marqueurs inflammatoires associés à l’insuffisance cardiaque, ainsi que des taux de cholestérol légèrement supérieurs en moyenne.

Groupe O : c’est une protection relative, pas une immunité. Les personnes O restent pleinement exposées aux autres facteurs de risque cardiovasculaire (tabac, sédentarité, alimentation, hypertension). Le groupe sanguin n’est qu’un paramètre parmi d’autres mais un paramètre qui pourrait bientôt entrer dans le calcul du risque cardiovasculaire personnalisé.

Covid-19 et groupe sanguin : une leçon inattendue

La pandémie de Covid-19 a accéléré la recherche sur le lien entre groupe sanguin et susceptibilité aux maladies infectieuses. Et les résultats ont été, là aussi, significatifs.

Des études précoces avaient montré que le groupe O semblait offrir une certaine protection contre la forme grave de la maladie. Mais une étude publiée en octobre 2024 par la Cleveland Clinic a apporté un éclairage nouveau et préoccupant : avoir eu une forme grave de Covid 19 combinée à un groupe non O (A, B ou AB) augmente significativement le risque à long terme d’infarctus, d’AVC et de décès cardiovasculaire des effets aussi importants, voire supérieurs, à certains des facteurs de risque cardiovasculaires les plus établis.

Implication clinique

Selon les auteurs de cette étude, compte tenu du fait que 60 % de la population mondiale est de groupe non O, ces résultats posent la question d’une surveillance cardiovasculaire renforcée pour les patients post-Covid non O, et peut-être d’une prise en compte du groupe sanguin dans les stratégies de prévention personnalisées.

Groupe sanguin et cancer : ce que la recherche révèle

C’est un domaine de recherche actif et en évolution rapide. Les données disponibles indiquent des associations statistiques significatives entre certains groupes sanguins et la susceptibilité à plusieurs types de cancers.

Type de cancerGroupe à risque plus élevéNiveau de preuve
Cancer gastrique (estomac)Groupes A et BBien établi
Cancer du pancréasGroupes A, B et ABBien établi
Cancer du poumonGroupes A, B et ABObservations concordantes
Cancer du seinGroupes A, B et ABObservations concordantes
Cancer colorectalGroupes A, B et ABObservations concordantes
Cancers digestifs en généralGroupe O légèrement protecteurDonnées récentes (2025)

Pourquoi le groupe A est-il plus exposé au cancer de l’estomac ?

L’une des explications les mieux documentées concerne la bactérie Helicobacter pylori, responsable d’ulcères gastriques et principal facteur de risque du cancer de l’estomac. Les personnes de groupe A seraient plus susceptibles aux infections à H. pylori, car les antigènes A présents dans la muqueuse gastrique constituent des points d’accroche favorables pour cette bactérie. L’infection chronique peut progresser vers l’inflammation, puis vers la cancérisation.

Le rôle du gène ABO dans la biologie du cancer

Au-delà des infections, les chercheurs s’intéressent à la façon dont le gène ABO lui-même peut influencer l’angiogenèse (la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui alimentent les tumeurs) et les réponses immunitaires. Une revue publiée en 2025 dans le Khalij Libya Journal of Dental and Medical Research souligne que des facteurs génétiques dans la région ABO pourraient affecter directement ces mécanismes biologiques fondamentaux pour le développement tumoral.

⚠️ Nuance importanteCes associations statistiques ne signifient pas qu’avoir le groupe A condamne au cancer de l’estomac. Elles indiquent des probabilités relatives légèrement modifiées à l’échelle d’une population. D’autres facteurs (alimentation, tabac, antécédents familiaux, détection de H. pylori) restent prépondérants dans le risque individuel.

Groupe AB et déclin cognitif : un lien alarmant

C’est l’une des découvertes les plus récentes et les plus intrigantes. Une étude publiée dans Neurology, menée par l’Université du Vermont sur plus de 30 000 Américains suivis en moyenne 3,4 ans, a révélé que les personnes de groupe AB ont 82 % plus de risque de développer des troubles cognitifs (problèmes de mémoire et de pensée) que les personnes de groupe O.

Le mécanisme proposé passe là encore par le facteur von Willebrand et le facteur VIII de coagulation. Les personnes AB ont des taux de facteur VIII presque 40 % plus élevés que les personnes O. Or des niveaux élevés de ce facteur VIII augmentent seuls le risque de troubles cognitifs de près d’un quart. La voie serait donc : groupe AB → taux élevé de facteur VIII → risque cardiovasculaire accru → impact sur la vascularisation cérébrale → déclin cognitif.

Étude 2024 – Frontiers in Neurology (UK Biobank)

Une étude génétique publiée en mai 2024, portant sur des centaines de milliers de participants du UK Biobank, a confirmé des associations entre génotypes ABO et marqueurs neuroimagerie liés à la démence, avec des effets différenciés selon le sexe et la présence du gène APOE (facteur de risque connu de la maladie d’Alzheimer).

Groupe sanguin, microbiote intestinal et hérédité : la grande surprise

C’est peut-être le domaine où les avancées récentes sont les plus spectaculaires et les moins connues du public.

Rappelons que pour 80 % d’entre nous (les « sécréteurs »), les antigènes ABO se retrouvent dans les sécrétions intestinales. Ces molécules de sucre tapissent littéralement la paroi de l’intestin. Et certaines bactéries de notre microbiote se nourrissent précisément de ces sucres.

Une étude publiée dans Nature Genetics par des scientifiques allemands a identifié un gène qui fait le pont entre groupe sanguin et composition du microbiote. Ils ont découvert que des bactéries spécifiques — les Bacteroides — sont associées aux sucres des groupes A et B présents dans la muqueuse intestinale, et que cette présence confère une protection contre les MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin, comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique).

Autrement dit : votre groupe sanguin façonne partiellement votre microbiote intestinal, qui lui-même conditionne votre immunité digestive. Un lien génétique direct entre votre héritage sanguin et l’écosystème bactérien qui protège vos intestins.

Pour les personnes non-sécréteurs (environ 20 % de la population), qui n’expriment pas leurs antigènes sanguins dans les sécrétions, le microbiote présente des profils différents et certaines études suggèrent une susceptibilité plus importante à certaines infections intestinales et respiratoires.

Groupe sanguin et diabète : une découverte récente

En 2024, une revue publiée dans le journal BMC Medicine a mis en évidence un lien entre groupe sanguin et risque de diabète. Les conclusions sont frappantes : les personnes de groupe B (positif ou négatif) présentent un risque plus élevé de développer un diabète que les individus des autres groupes.

Les mécanismes précis restent à élucider, mais les chercheurs soupçonnent une interaction entre les antigènes B et les récepteurs impliqués dans la régulation de l’insuline et du métabolisme glucidique. Ce domaine est encore très jeune, mais il illustre parfaitement à quel point le groupe sanguin touche à des processus biologiques beaucoup plus larges qu’on ne le pensait.

Génotype AO
Génotype BO
Enfant OO

Ce que tout cela signifie pour vous, concrètement

Ces découvertes ne doivent pas être lues comme des sentences. Connaître son groupe sanguin ne prédit pas votre avenir médical. Mais elles ouvrent des perspectives concrètes :

Pour la médecine personnalisée : certains chercheurs plaident déjà pour intégrer le groupe sanguin dans les scores de risque cardiovasculaire, au même titre que la tension artérielle ou le cholestérol. Ce n’est pas encore la pratique courante, mais la direction est tracée.

Pour la surveillance médicale : si vous êtes de groupe A ou AB et que vous avez des antécédents familiaux de cancer gastrique, une vigilance accrue vis-à-vis de H. pylori semble raisonnable. Si vous êtes de groupe AB, les liens avec le déclin cognitif et le risque cardiovasculaire méritent une attention particulière à la santé cérébrale et cardiaque.

Pour comprendre votre hérédité : au-delà de la compatibilité sanguine, vous transmettez à vos enfants une configuration biologique qui influencera leur microbiote, leur coagulation, leur immunité digestive. L’hérédité n’est décidément pas qu’une affaire de couleurs des yeux.

FAQ – Groupes Sanguins & Santé – La Pleine Santé
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FAQ — Groupes Sanguins & Santé

Les réponses aux questions que vous vous posez vraiment

Vous avez lu notre dossier sur les groupes sanguins et vous avez encore des questions ? Voici les réponses aux interrogations les plus fréquentes — sur l’hérédité, la santé, les risques et les idées reçues.

🧬 Hérédité & Transmission

C’est l’une des questions les plus fréquentes sur l’hérédité sanguine — et la réponse est fascinante. L’allèle O est récessif : il se cache derrière un allèle A ou B dominant sans s’exprimer. Un parent de groupe A peut avoir le génotype AO, un parent de groupe B le génotype BO — et tous deux paraissent non-O.

Si chacun vous transmet son allèle O « caché », vous héritez de OO → vous êtes groupe O. Vos parents portaient l’information sans l’exprimer.

Parent A
Génotype AO
Exprime A, cache O
Parent B
Génotype BO
Exprime B, cache O
Enfant OO ✓
Groupe O — les deux O cachés se révèlent
Ce phénomène peut sauter plusieurs générations — un arrière-grand-parent O peut « réapparaître » chez un descendant, même si ses enfants étaient A ou B.

Oui, il est possible de le prédire avec probabilité à partir des groupes des deux parents, mais la certitude absolue n’est obtenue qu’après la naissance par une prise de sang.

En pratique médicale, le groupe sanguin fœtal est déterminé par analyse de l’ADN libre fœtal dans le sang maternel dès la 10e semaine de grossesse — notamment pour détecter les incompatibilités Rhésus lorsque la mère est Rh– et que le père est Rh+.

En France, le dépistage de l’incompatibilité Rh est systématique et pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie pendant la grossesse.

L’incompatibilité Rhésus survient quand une mère est Rh– et porte un fœtus Rh+. Le système immunitaire maternel peut reconnaître les globules rouges Rh+ du bébé comme étrangers et produire des anticorps anti-Rh.

La première grossesse se passe généralement bien car la réaction est lente. Mais lors d’une deuxième grossesse Rh+, ces anticorps peuvent traverser le placenta et attaquer les globules rouges du fœtus — causant une anémie grave pouvant aller jusqu’à la mort fœtale (maladie hémolytique du nouveau-né).

Solution : une injection de gammaglobulines anti-D (Rophylac®) à la 28e semaine et dans les 72h après l’accouchement neutralise les anticorps avant qu’ils ne deviennent problématiques. Ce traitement préventif est très efficace.

Dans la très grande majorité des cas, non. Votre groupe sanguin est déterminé dès la conception par votre génome et reste stable toute votre vie.

Il existe cependant des exceptions rares et documentées : certaines leucémies ou maladies de la moelle osseuse peuvent temporairement modifier l’expression des antigènes sanguins. Et une greffe de moelle osseuse peut changer définitivement le groupe sanguin du receveur — qui adopte celui du donneur, puisque les nouvelles cellules sanguines sont produites par la moelle transplantée.

C’est d’ailleurs un cas fascinant de microchimérisme « volontaire » — après greffe, le receveur a deux génomes coexistants dans son corps.
❤️ Santé & Risques

Les études épidémiologiques montrent que les personnes de groupe O ont en moyenne un risque cardiovasculaire légèrement inférieur à celui des groupes A, B et AB. Le mécanisme principal : les groupes non-O ont des taux de facteur von Willebrand environ 25 % plus élevés — cette protéine favorise la coagulation et, en excès, augmente le risque de caillots, d’infarctus et d’AVC.

GroupeRisque coronarien relatif vs O ORéférence (le plus faible) A+ 6 % B+ 15 % AB+ 23 %
Important : cette protection est relative, pas absolue. Les personnes O restent pleinement exposées aux autres facteurs de risque — tabac, sédentarité, alimentation, hypertension. Le groupe sanguin n’est qu’un paramètre parmi d’autres.

La recherche montre des associations statistiques significatives entre certains groupes et la susceptibilité à certains cancers — notamment :

Groupe A : risque plus élevé de cancer gastrique, partiellement via une susceptibilité accrue à la bactérie H. pylori
Groupes A, B et AB : risque légèrement plus élevé de cancer du pancréas, du poumon et du sein
Groupe O : légèrement protecteur pour certains cancers digestifs

Ces associations sont statistiques et populationnelles — elles n’indiquent pas une fatalité individuelle. D’autres facteurs (tabac, alimentation, antécédents familiaux) restent bien plus déterminants.

Une étude publiée dans la revue Neurology portant sur plus de 30 000 personnes a montré que les personnes de groupe AB ont 82 % plus de risque de développer des troubles cognitifs (problèmes de mémoire et de raisonnement) que les personnes de groupe O.

Le mécanisme suspecté : les personnes AB ont des taux de facteur VIII de coagulation presque 40 % plus élevés que les personnes O. Des niveaux élevés de ce facteur augmentent seuls le risque de troubles cognitifs d’environ 25 %. La voie serait : groupe AB → coagulation accrue → impact sur la vascularisation cérébrale → déclin cognitif.

Ce que vous pouvez faire si vous êtes AB : porter une attention particulière à votre santé cardiovasculaire et cérébrale — activité physique régulière, alimentation anti-inflammatoire, bon sommeil, stimulation cognitive. Ces leviers agissent directement sur les facteurs de risque identifiés.

Oui — et c’est l’une des découvertes les plus récentes et les moins connues. Pour environ 80 % de la population (les « sécréteurs »), les antigènes ABO se retrouvent dans les sécrétions intestinales et tapissent la paroi de l’intestin.

Certaines bactéries intestinales — notamment les Bacteroides — se nourrissent de ces sucres spécifiques aux groupes A et B. Leur présence est associée à une protection contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Crohn, rectocolite).

Autrement dit : votre groupe sanguin façonne partiellement quelles bactéries prospèrent dans votre intestin — et donc une partie de votre immunité digestive. Un lien génétique direct entre votre héritage sanguin et votre écosystème bactérien.

Les premières études de la pandémie avaient montré que le groupe O semblait offrir une certaine protection contre les formes graves du Covid-19. Cette observation a depuis été confirmée par plusieurs méta-analyses.

En octobre 2024, une étude de la Cleveland Clinic a apporté un éclairage plus préoccupant : avoir eu une forme grave de Covid-19 combinée à un groupe non-O (A, B ou AB) augmente significativement le risque à long terme d’infarctus, d’AVC et de décès cardiovasculaire — des effets comparables, voire supérieurs, à certains facteurs de risque classiques.

Compte tenu que 60 % de la population mondiale est non-O, ces résultats suggèrent l’importance d’une surveillance cardiovasculaire renforcée après une forme sévère de Covid-19 chez les personnes non-O.
💡 Idées reçues & Questions pratiques

Non. Le régime selon le groupe sanguin, popularisé par Peter D’Adamo dans les années 1990 avec son livre « 4 Groupes sanguins, 4 Régimes », n’a jamais été validé par des études scientifiques sérieuses.

Une étude publiée dans le American Journal of Clinical Nutrition (2013) portant sur plus de 1 400 personnes a montré que les régimes associés aux groupes A, B, AB et O avaient bien des effets positifs sur la santé — mais ces effets étaient identiques quel que soit le groupe sanguin du participant. C’est la qualité du régime en elle-même qui comptait, pas sa correspondance avec le groupe sanguin.

Ce qui est scientifiquement documenté sur les groupes sanguins et l’alimentation concerne les antigènes dans l’intestin et leur interaction avec certaines bactéries — c’est une réalité biologique, mais elle ne justifie pas les prescriptions alimentaires rigides du « régime groupe sanguin ».

La distribution des groupes sanguins dans une population est le résultat de milliers d’années d’évolution et de sélection naturelle. Certaines théories suggèrent que différents groupes sanguins ont conféré des avantages de survie différents selon les environnements et les épidémies traversées.

Par exemple, le groupe O dominant chez les populations amérindiennes pourrait refléter une sélection contre certains agents pathogènes. Le groupe B, plus fréquent en Asie centrale, pourrait être lié aux conditions de vie des populations nomades. Le Rhésus négatif, atteignant 30 % au Pays basque, témoigne d’une histoire génétique isolée et particulière.

GroupeFranceMonde O43 %44 % A44 %42 % B9 %10 % AB4 %4 %

En France, la détermination du groupe sanguin nécessite deux prélèvements sanguins distincts (deux « déterminations ») pour être officielle et figurer sur la carte de groupe sanguin. C’est une règle de sécurité transfusionnelle.

Plusieurs options :
Votre médecin généraliste peut vous prescrire une prise de sang avec groupage ABO-Rhésus — pris en charge si médicalement justifié
Les centres de don du sang (Établissement Français du Sang) déterminent votre groupe gratuitement lors de votre premier don
→ Des tests rapides en pharmacie existent, mais ils ne remplacent pas la carte officielle et ne sont pas reconnus médicalement

Donner son sang est le moyen le plus simple et le plus utile de connaître son groupe sanguin — et de sauver des vies en même temps.

C’est une croyance très populaire au Japon (le « ketsueki-gata »), où il est courant de demander son groupe sanguin comme on demanderait son signe astrologique. Mais la science ne valide pas ce lien.

Aucune étude sérieuse n’a démontré de corrélation entre groupe sanguin et traits de personnalité. Les quelques corrélations observées dans de petites études n’ont pas été reproduites à grande échelle et s’expliquent généralement par des biais de confirmation.

Ce qui est en revanche documenté, c’est l’influence du groupe sanguin sur certains aspects biologiques (coagulation, microbiote, réponse immunitaire) qui peuvent indirectement affecter l’énergie, l’humeur ou la santé — mais ce chemin est long et indirect, et très différent de l’idée que les personnes O seraient naturellement « leaders » ou les A « perfectionnistes ».
Cette FAQ est rédigée à des fins d’information générale sur la base de données scientifiques publiées. Elle ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé pour toute question personnelle.

 Pour aller plus loin

  • He M. et al., ABO blood group and risk of coronary heart disease — Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology (étude sur Nurses’ Health Study)
  • Alexander K.S. et al., ABO blood type, factor VIII, and incident cognitive impairment in the REGARDS cohort — Neurology, 2014
  • Li M. et al., Association between ABO genotypes and risk of dementia — Frontiers in Neurology, mai 2024
  • Rühlemann M. et al., Lien génétique entre groupe sanguin ABO et microbiote intestinal — Nature Genetics, 2021
  • Cleveland Clinic, History of COVID-19, non-O blood type increases long-term cardiovascular risk — octobre 2024
  • Revue BMC Medicine 2024 : Groupe B et risque de diabète

Références :

  1. Risque cardiovasculaire et groupes sanguins non-O post-COVID-19 :

•Cleveland Clinic. (2024, October 9). History of COVID-19 Doubles Long-term Risk of Heart Attack, Stroke and Death, Especially Among Adults with non-O Blood Types. newsroom.clevelandclinic.org

•AHA Journals. (2024, October 9). COVID-19 is a coronary artery disease risk equivalent and exhibits a genetic interaction with ABO blood type. ahajournals.org

2. Groupes sanguins et déclin cognitif :

•University of Vermont. (2014, September 11). Can Your Blood Type Affect Your Memory? University of Vermont Study. biospace.com

•Neurology. (2014). ABO blood type, factor VIII, and incident cognitive impairment in the REGARDS cohort. neurology.org

•Frontiers in Neurology. (2024, May). Association between ABO genotypes and risk of dementia and neuroimaging markers: roles of sex and APOE status. frontiersin.org

3. Groupes sanguins et cancer :

•Elbaruni, S. (2025, June). Association Between ABO Blood Groups and Cancer Susceptibility in the Libyan Population. Khalij-Libya Journal of Dental and Medical Research. researchgate.net

4. Groupes sanguins et microbiote intestinal :

•Rühlemann, M. C., et al. (2021). Genome-wide association study in 8,956 German individuals identifies influence of ABO histo-blood groups on gut microbiome. Nature Genetics, 53, 162–169. nature.com

•Uni Kiel. (2021, January 18). Blood group co-determines composition of the intestinal microbiome. uni-kiel.de

5. Groupes sanguins et diabète :

•BMC Medicine. (2024). ABO and Rhesus blood groups and multiple health outcomes: an umbrella review of systematic reviews with meta-analyses of observational studies. link.springer.com

•ScienceAlert. (2026, March 28). One Blood Type Appears to Carry a Higher Risk of Type 2 Diabetes. sciencealert.com